
Le dess(e)in: entre projet et procès
Symptomatique d'une attitude scientifique récente, Hans Belting, dans son ouvrage Le chef d'œuvre inconnu, au détour de l'analyse du Carré noir sur fond blanc
de Kazimir Malevitch (1915), fait état des résultats de l'examen
matériel du tableau ayant récemment révélé l'existence d'une
composition sous-jacente au célèbre Quadrat. Mais tenter de la sorte
d'appuyer son discours sur la pratique d'atelier pourrait sembler
paradoxal, compte tenu de la démarche du suprématiste davantage
caractérisée par un certain « déni » de la matière picturale.
Or,
cette exemplaire prépondérance de l'intention de l'artiste sur la
réalité physique du tableau ne fait en réalité que nous renvoyer, au
miroir de la tradition, à une hiérarchisation des étapes suivies lors
de la création artistique, qui longtemps prévalut pour les artistes
et/ou les historiens, opposant l'idée ou l'invention imaginée par
l'artiste, et l'exécution concrète de celle-ci.
Cristallisée en Italie au XVIe siècle autour de la notion de disegno
– le dessein –, cette problématique devrait pouvoir bénéficier d'une
reformulation et d'une mise en perspective plus actuelle, prolongeant
ses enjeux théoriques et épistémologiques, avec cette question centrale
pour certaines pratiques artistiques des XXe et XXIe siècles, du
travail joint ou disjoint, du projet et du procès.
Auteurs : Claire Barbillon / Mathilde Bert / Ralph Dekoninck / Maud Hagelstein / Anaël Lejeune / Raphaël Pirenne / Friedrich Teja Bach / Tristan Trémeau
Couverture : Jacqueline Mesmaeker, Débord (2009)
parution le mercredi 27 mai 2009
